incertitudes

2 vêtements interactifs. PVDF, épingles, composants électroniques.

2013

C’est autour du concept d'incertitude que ce projet s'articule. Activés par la parole du spectateur, le duo de vêtements réagit au son par une mise en mouvement des épingles qui en parsème les surfaces. Par ce mouvement, c’est comme si les vêtements engageaient une conversation remplie d'incompréhension et d'incertitude avec le spectateur. Leur langage demeurant opaque aux yeux du public, la communication suggérée ne peut qu’être empreinte d’une déroutante imperméabilité, qu’accentue l’imprévisibilité de l’orientation des épingles.Inspiré par les notions d’hypermodernité et d’hyperindividualisme, telles que développées par le philosophe Gilles Lipovetsky dans Les temps hypermodernes (2004), ce projet de vêtements interactifs se veut le reflet d’une réalité où l’individu est amené à vivre dans un état de précarité généralisée. Lipovetsky définit ce qu’il nomme « les temps hypermodernes » comme cette période contemporaine où l’on constate la radicalisation des principes du modernisme – le marché, la science, la démocratie et l’individualisme. Chaque aspect de l'existence présente un versant d'excès et une dualité, où, plus que jamais, la frivolité masque une profonde anxiété. L’homme hypermoderne est un être de l’ici et maintenant, pressé par la logique urgentiste, angoissé par l’avenir : « Moins le futur est prévisible, plus il faut être mobile, flexible, réactif, prêt à changer en permanence, supermoderne, plus moderne que les modernes de l’époque héroïque. » L'emphase est mise sur l’idée d’une ultra réactivité fonctionnant comme un mouvement réflexe : les vêtements modèlent l’incertitude telle une forme d’indétermination par laquelle un objet ou une perception peut se transformer de diverses façons, devenir autre chose. La variabilité des vêtements, jamais entièrement stables ou définitifs, est propre à susciter l’inquiétude du spectateur. Devant ces vêtements traversés de milliers de longues épingles dirigées vers l’extérieur – dirigées vers lui – l’incertitude devient réciproque. L’imprévisibilité des relations humaines, dont la seule constante est le changement, le flux – dans ce cas-ci celui de la parole : son intonation, sa volubilité – est alors ce qui entraîne les vêtements à réagir. Ces derniers changent de forme et de motif, s’étendent et se contractent, manifestant une forme de conversation ondulatoire incorporant le spectateur dans leur chorégraphie.

                       
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